Success stories : Le déni de grossesse

En tant que thérapeute, le code déontologique ne me permet pas de me servir des résultats obtenus auprès de mes clients à des fins mercantiles. En clair, la rubrique "témoignages "ne peut pas exister, cependant les success stories sont possibles.

Chaque histoire vient s'inscrire dans une configuration familiale spécifique, dans un contexte particulier, à une époque donnée. Il serait très dommageable, pour ne pas dire dangereux, d'une situation décrite, d'en faire une généralité.

Le corps n'oublie rien, il conserve précieusement le vécu de toute notre histoire et peut être bien, le contenu de toutes celles de nos ancêtres. L'héritage de nos lignées peut venir se raconter au détour de la maternité, de la grossesse, et de l'accouchement. Une transmission de femmes, une transmission du féminin et du maternel qu'il s'agira de repérer, d'élaborer, de s'approprier.

Le déni de grossesse

Sophie 28 ans est mariée, le couple vient tout juste d'accueillir une petite fille. L'arrivée de cette enfant a été un véritable séisme. En effet, Sophie a vécu ce que l'on nomme communément, un déni de grossesse.

Sophie me parle de son état de sidération le jour de l'accouchement, de sa difficulté à pouvoir instaurer un lien avec sa fille. "Je ne sais pas pourquoi, me dit-elle, mais je suis certaine que cette histoire ne m'est pas arrivée par hasard". 

Rien, jusqu'au jour de l'accouchement. Rien, ni nausée, ni ressenti aucun, à peine une légère prise de poids mise sur le compte de sa gourmandise. Durant 9 mois, une impossibilité pour Sophie de pouvoir faire des liens entre ce qui se passait dans son corps et ce qu’elle aurait pu ressentir. Corps et Psyché, ont vécu côte à côte sans jamais pouvoir se rencontrer, permettant ainsi à Sophie de ne rien savoir de sa grossesse. Le temps a été isolé de la réalité, comme si l’accouchement et la naissance n’allaient jamais arriver.

Le déni de grossesse n'a pas permis à Sophie de pouvoir investir l’enfant qu’elle portait, puisqu’il n’y avait pas d’enfant, il ne pouvait pas y avoir de grossesse psychique. Physiquement, c’est un véritable jeu de dupes qui s'est mis en place, les muscles grands droits de l’abdomen se sont tendus et se sont renforcés, obligeant l’utérus à rester debout au lieu de s’incliner. Cette grossesse clandestine, ne viendrait-elle pas en écho à une autre grossesse...

L'arrière-grand-mère maternelle de Sophie a, lors de sa première grossesse en dehors de tout mariage, été contrainte de camoufler sa grossesse, jusqu'à la naissance d'un enfant mort-né. Depuis, au niveau de cette lignée, chaque grossesse est un évènement pour le moins qu'on puisse dire compliqué. Fausses couches à répétition, naissances avant terme, grossesses vécues sur le mode du secret, ou tellement bien camouflées que la mère elle-même, n’en a aucune conscience. Serait-ce là une réponse du système familial, une façon de ne pas enterrer le passé, de ne pas oublier cet enfant décédé à peine arrivé au monde ? Chaque nouvelle grossesse vient réactiver inconsciemment cette grossesse particulière. Un doux rappel d'un deuil figé qui n'a de cesse de venir se signaler sous différentes formes, pour être enfin entendu et transformé. 

Depuis 4 générations, ce qui semble s'être transmis : une grossesse se doit d'être invisible, inaudible, imperceptible, et le temps maturatif de la grossesse ne peut plus être dans le bon tempo, le temps de la grossesse est soit accéléré, soit endormi. 

En recontextualisant le vécu de ses ancêtres concernant leurs grossesses, Sophie a pu découvrir et se relier à toutes ces femmes, elle a pu s'inscrire autrement dans la transmission d'un féminin, un féminin plus vivant et plus créateur. Un féminin qui autorise et permet d'être une femme et qui autorise également d'être une mère, en capacité de pouvoir accueillir son nouveau né.